Pour les TDA adulte
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: Ajouté le 7/1/2007 à 20:40
Santé : Adultes Ritalin 
Collaboration spéciale Sylvie St-Jacques La Presse, Montréal, Dimanche, 10 Octobre 2004
Les Adultes RITALIN
On connaît la chanson : fiston a la bougeotte, décolle vers la lune pendant que ses camarades visitent la planète « grammaire », n'arrive pas se concentrer plus de 30 secondes... Mais qu'advient-il lorsque papa ou maman ont exactement les mêmes symptômes de déficit de l'attention que leur progéniture ?
Jusqu'à l'année dernière, Marc Ménard, un dessinateur de 34 ans, blâmait la dyslexie pour ses difficultés à se concentrer et son habitude à démarrer 20 projets à la fois sans rien mener à terme. Son médecin lui a conseillé de se reposer et de perdre du poids pour retrouver un meilleur état d'état d'esprit. Mais c'est un spécialiste du trouble de déficit de l'attention qui l'a finalement déclaré atteint du « TDAH » (pour trouble du déficit d'attention avec hyperactivité).
« Au travail, j'avais de la difficulté à suivre mon plan de A à Z. Je tombais de fatigue et perdais la mémoire. Mes patrons perdaient souvent confiance en moi et pensaient que je me moquais d'eux », dit Marc Ménard. « Si mon patron m'explique une tâche, je vais la réécrire et l'accomplir différemment. Les gens se fâchent en pensant que je ne veux faire qu'à ma tête, mais c'est faux ! »
Lise L'Heureux, 44 ans, enseigne à des enfants qui souffrent de divers troubles d'apprentissage. Même si elle n'a jamais été diagnostiquée « officiellement », elle est convaincue d'avoir les symptômes typiques d'un trouble de déficit de l'attention. Son expérience auprès des enfants ayant des troubles d'apprentissage lui permet d'en conclure ainsi.
« Si par exemple, j'essaie de me concentrer pour lire un texte, il peut m'arriver de me retrouver subitement dans la cuisine en train de faire autre chose. Je suis facilement distraite ; quelque chose d'aussi anodin qu'une voiture qui passe dans la rue peut me déconcentrer. »
Alors que des gens comme Lise L'Heureux arrivent à fonctionner avec leur « handicap », le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité complique drôlement la vie des adultes qui en sont atteints. Et ils ne sont pas rares, nous apprend le Dr Pierre Raiche, directeur de la formation professionnelle à la Fédération des médecins omnipraticiens.
« Les gens qui en souffrent sont inattentifs, impulsifs, ne portent pas attention aux détails, ont du mal à mener à terme des projets, s'organisent difficilement et sont facilement distraits. On estime à 4 % la population adulte qui en est atteinte. En fait, les professionnels observent que chez au moins le tiers des enfants diagnostiqués avec un TDAH, le déficit d'attention se poursuit à l'adolescence et à l'âge adulte. »
TDAH anonymes
« Je suis absolument incapable de me concentrer dans un cours où le professeur est monotone », dit Lise L'Heureux, qui termine des études supérieures en intervention éducatives. Elle blâme aussi son déficit d'attention pour les multiples situations embarrassantes qu'elle a vécues depuis son enfance. « Dans un cours l'année dernière, j'ai éclaté de rire alors qu'il n'y avait vraiment rien de drôle. Le témoignage d'une autre étudiante m'a fait penser à quelque chose de comique et j'étais tellement absorbée dans mon monde intérieur que je n'ai pu contenir ce fou rire. » Chez l'organisme PANDA Québec (pour Parents Aptes à Négocier le Déficit d'Attention), les difficultés de nombreux parents réclamant à leur tour de l'aide ont motivé la création d'ateliers et de groupes de soutien. Des gens atteints du déficit d'attention se confient et partagent leurs déboires quotidiens.
« On rencontre des adultes qui changent souvent d'emploi ou de conjoint, qui ont des états d'âme et des impulsions plus intenses que la moyenne. Leur manque total de maîtrise sur ces impulsions leur cause des frustrations majeures », explique Francine Côté, directrice des associations PANDA Québec. « Depuis quelque temps, des ateliers sont animés par une bachelière en travail social, qui amène ces individus ayant derrière eux 20 ou 30 années de souffrance à parler de leurs difficultés », précise-t-elle, à propos de ces groupes de soutien qui ont vu le jour à Sainte-Thérèse.
« Le TDAH fait vivre beaucoup de honte. On nous accuse d'être paresseux et incompétents. C'est pourquoi il est si important de pouvoir échanger avec d'autres gens qui vivent la même chose, parce que les membres de l'entourage comprennent mal ou ont tendance à nous juger négativement », explique un participant aux ateliers, qui a voulu conserver l'anonymat.
La plupart des adultes qui participent à ces rencontres, dit Francine Côté, ont pris conscience de leur problème en se reconnaissant dans le comportement de leurs enfants. Comme chez les petits, le déficit d'attention se présente avec ou sans hyperactivité et atteint surtout les hommes. Certains choisissent d'opter pour la médication, d'autres non. Le Ritalin bien sûr, mais aussi le Concerta, le Dexedrin ainsi que le dernier-né des traitements pour le TDAH, l'Adderall XR, sont prescrits tout autant aux enfants qu'aux adultes.
« Prendre des médicaments est un choix personnel. Notre rôle est de fournir l'information relative aux traitements. Dans les ateliers, on explore d'où provient l'impulsivité, on essaie de voir comment ils peuvent réagir autrement en déprogrammant certains comportements », dit Francine Côté.
« J'ai essayé le Ritalin mais je n'ai pas aimé ce médicament, parce qu'il agit sur mes émotions et me rend impulsif », explique Marc Ménard, qui a troqué les pilules contre l'entraînement sportif pour améliorer sa concentration.
Lise L'Heureux, qui se définit comme un moulin à paroles fonctionnant en accéléré, n'a encore jamais songé à prendre des médicaments ou encore à un suivi psychologique. D'abord parce qu'elle n'est pas un cas « extrême », mais aussi parce qu'elle a mis au point des stratégies pour apaiser toute cette agitation qui bouillonne en elle. J'essaie d'aller au gym ou de bouger souvent. »
Maladie ou trait de caractère ?
Selon Christine Groulx, neuropsychologue, un certain flou entoure toujours le diagnostic du TDAH. « On ne sait toujours pas si c'est une entité en soi ou si c'est un syndrome indissociable d'autres problèmes. »
Cette neuropsychologue est de ceux qui croient que le TDAH est une symptomatologie non exclusive. Les troubles anxieux, la dépression bipolaire ainsi que d'autres problèmes se santé mentale se greffent souvent au portrait global. Christine Groulx se montre aussi réticente à diagnostiquer et a conseiller des médicaments de façon trop systématique. « Quand un adulte est fonctionnel, possède de bonnes habiletés ou de bonnes stratégies pour compenser, je ne vois pas d'obligation de traitement. Avec les avancées de la science associées au dépistage du TDAH, il ne faudrait pas devenir trop alarmistes. »
Jadis, le manque de concentration, l'impulsivité, le manque d'organisation et de structure, la tendance « bordélique » étaient perçus comme de simples traits de personnalité. Aujourd'hui, ils sont des symptômes potentiellement traitables avec des médicaments. Alerte au dérapage pharmacologique ?
« Notre société a facilement tendance à attribuer une maladie aux gens qui ne fonctionnent pas d'une façon conforme, reconnaît Christine Groulx. À mon avis, pour qu'il y ait obligation de traitement, il faut que l'individu soit gêné par ses symptômes et surtout incapable d'adopter des stratégies compensatoires. »
Le cerveau myope
La psychologue Annick Vincent, auteure de Mon cerveau a besoin de lunettes, un ouvrage sur le TDAH, insiste sur le caractère inné de ce problème. « La personne vient au monde avec ces symptômes, comme quelqu'un qui naîtrait avec une jambe plus courte que l'autre », déclare-t-elle. en 1990, Alan Zametkin, de l'Institut national de santé aux États-Unis, a démontré, avec l'aide d'imagerie électronique PET (Positron Emission Tomography), une diminution de l'activité du cortex préfrontal d'un adulte atteint de déficit d'attention lorsqu'il accomplit une tâche exigeant de la concentration, alors qu'un sujet normal augmente son activité. Pour la première fois, les scientifiques ont pu visualiser les différences des cerveaux de gens atteints de déficit d'attention.
Selon la psychologue Annick Vincent, la médication pour traiter le TDAH vient agir comme lunettes biologiques pour aider le cerveau à mieux fonctionner. « La médication travaille sur les neurotransmetteurs, pour ordonner et établir des priorités dans les idées tamponneuses. » Puisque ces médicaments sont récents, on ignore encore leurs effets à long terme sur la santé. Et les spécialistes ne savent pas si les gens atteints de TDAH peuvent un jour être « guéris », ajoute Annick Vincent : « Il n'existe pas d'études de suivi qui permettraient de savoir si les patients devront consommer des médicaments toute leur vie. »
Le TDAH et la délinquance
Michel Parisien, psychologue, a travaillé pendant 30 ans à l'Institut Philippe-Pinel. Selon lui, chez les délinquants et les criminels, on voit plus de personnes atteintes de troubles du déficit de l'attention que dans la population en général. « Un peu comme dans une clinique d'obésité, on trouverait une plus grande proportion de troubles cardiaques, illustre-t-il, mais il serait fautif d'associer systématiquement TDAH et délinquance. »
Son expérience à Philippe-Pinel l'a amené à s'intéresser au TDAH chez les adultes. « Ce sont souvent des gens qui ont de la difficulté à composer avec l'ingérence affective, qui sont irritables, ont de la difficulté à maîtriser leurs émotions, sont hypersensibles et sujets aux crises chroniques. »
« Les études ont démontré qu'en comparaison avec la population générale, ces gens se rendent moins loin à l'école, ils ont de moins bons emplois et un roulement plus élevé au travail ; leur taux de divorce est aussi plus, ajoute Annick Vincent. Les gens atteints du déficit d'attention qui ne sont pas traités sont plus enclins à fumer la cigarette ou à avoir des problèmes de toxicomanie », soutient-elle.
Michel Parisien est persuadé que la transmission génétique du TDAH fait augmenter les risques de décrochage scolaire et de toxicomanie dans les milieux défavorisés. Annick Vincent ajoute que lorsque des enfants atteints du TDAH ne sont pas traités, on augmente leurs risques de plonger dans la délinquance à l'adolescence et à l'âge adulte.
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